retour à l'accueil 

télécharger ce texte au format .doc

imprimer cette page

télécharger ce texte au format .txt

textes tirés de l'ouvrage du Dr Timothée Pieri

1943 Prunelli camp d'internement

 

LE CAMP DE PRISONNIERS DE  PRUNELLI DI FIUMORBU

 

 

Comment est née la résistance dans le Fiumorbu

 

Le 15 juin 1940, les prunellais assistent au survol de leur village Prunelli di Fiumorbu par des avions italiens ainsi qu'au bombardement du terrain d'aviation, à la riposte des canons d'Aleria (1). Trois nouvelles incursions auront lieu avant la signature de l'armistice et le régime de Vichy.

La confiance que d'aucuns accordent au Maréchal étouffe les sentiments anti-allemands et anti-fascistes. Les esprits évoluent cependant à partir du 11 Novembre 1942 lors de l'occupation de l'île par les troupes de l'axe.

S'instaure alors une période plus difficile sur les plans alimentaires économique et politique. La sympathie que les soldats italiens témoignent aux corses contraste avec les opérations policière des chemises noires et de l'O.V.R.A qui ouvre au début de l'année 1943 un camp d'internement à Prunelli  et qui incarcère à Marbeuf, un enfant du village, pour "résistance" : Pierrot Santoni.

La résistance, en effet, s'est organisée en Corse grâce à Fred Scamaroni. Tous les mouvements isolés sont regroupés par le Front National fin 1942.

A Prunelli, on assiste dés cette époque à des actes de résistance réalisés par des jeunes avant même qu'ils ne soient contactés par des organisateurs. C'est le cas de Jean-Baptiste Casamatta, de Jojo Jouan-Pieri, de François et Paul Susini... Qui manifestent leur opposition au régime et à l'occupant par des chants patriotiques, le non respect du couvre-feu, le refus de parler aux italiens etc... Malgré les difficultés, le manque de coordination, les tendances politiques, la résistance se structure et, au fil des mois, "Aghja-Vechja" et "Albitroni" deviennent les P.C officiels d'où s'élaborent les missions.(2)

_________________________________________________________________________________________

(1)  D'après le journal manuscrit du receveur Pierre-Joseph Pieri (1858-1949)

(2)   Seront connus comme responsables à des titres et à des moments différents: Le Docteur Achilli du mouvement Giacobbi, Etienne Dominici responsable du Fiumorbu ( a dirigé et participé à toutes les opérations de la région préparées à "Albitroni" (hameau de Prunelli). Sa famille a ravitaillé par ses propres moyens tous les envoyés en mission et les patriotes pourchassés. Il a caché Paul Giacobbi et l'a aidé à s'évader. Il n'a rien revendiqué à la Libération. Il a reçu le grade de sous-lieutenant F.F.I avec les félicitations du général Martin. Remondi en liaison avec la section de Porto_Vecchio, Vincent Dominici bras droit de son frère et chargé de l'écoute des messages à Agnatello, Alexandre Gambotti (qui a reçu le grade de lieutenant F.F.I) que son frère Joseph avait chargé d'organiser avec Jean Colombani de San Gavinu, la résistance dans la région, Pierre Toussaint Micaelli (il était sous l'occupation contrôleur principal du ravitaillement général; A ce titre, au mois de juin 1943, il s'est emparé des sacs de légumes réquisitionnés par les italiens et les a distribué à la population), désigné par Joseph Gambotti, (membre du comité d'arrondissement du F.N, chargé de l'organisation de la résistance du nord de l'île par F. Giacobbi et le F.N, n'est pas intervenu directement à Prunelli en raison de ses autres responsabilités- il a reçu le grade de capitaine F.F.I et a été cité à l'ordre du régiment avec attribution de la croix de guerre avec étoile de bronze.)

Dans les communes voisines, les groupes d'Ana, San Gavinu, Serra, Isulacciu et Ajola étaient respectivement dirigés par Paul Toussaint Giorgi, Antoine Jean Colombani, Jean Marie Paoli, F. Bartoli dit "Cecce" et Dominique Defendini.

 

 

_________________________________________________________________________________________

 

PRUNELLI CAMP D'INTERNEMENT

 

Au début de l'année 1943, L'O.V.R.A choisit le village de Prunelli di Fiumorbu comme camp d'internement.

Un détachement de cinquante chemises noires, un lieutenant, un "maréchal" et une douzaine de carabiniers viennent prendre position, occupent des locaux et en réquisitionnent d'autres.

C'est le docteur Achilli qui annonce l'arrivée des prisonniers en téléphonant à Prunelli, à Dominique Alessandrini en qui il avait toute confiance.

 

-"Faites du café, Giacobbi arrive avec des amis" devait-il dire à Françoise Alessandrini.

-" Prévenez Toussaint Micaelli du transfert à Prunelli de Paul Giacobbi et de plusieurs patriotes détenus

à Marbeuf" annonçait-t-il à Clémence Corteggiani.

 

Toute la population est venue accueillir les prisonniers (1). Chacun devait apporter un quelque chose afin d'améliorer leur sort, y compris de la soupe chaude à l'initiative de Françoise Alessandrini.

 

Les détenus ne sont pas véritablement maltraités et très vite la discipline se relâche, les détenus sont autorisés à se loger chez l'habitant.

Le sénateur est l'hôte de Angèle Joséphine Valentini, Salini et Macchini sont hébergés chez Rosina Gelormini, Bariani chez Pauline Taddei, Silvani chez Faustine Pietri, Piana, Casanova, le douanier puis Melle Michel se retrouvent chez Jean Vitus Evangelista, d'autres logent à "Mezzanuru", les uns sont nourris par leurs hôtes les autres prennent pension chez Antoinette Evangelista ou Dominique Alessandrini.

Les détenus garderont d'ailleurs un souvenir inoubliable de la réception que leur a réservé Prunelli, de la sympathie que ses habitants leur ont témoigné et de l'aide qu'ils leur ont apporté.

 

_________________________________________________________________________________________

 Sont arrivés les premiers: Bariani (Collègue d'étude d'Etienne Dominici), Bianconi (directeur du Petit Bastiais), Casanova, Culioli, Paul Giacobbi (1896-1951), Lameta, Luciani, le Dr Piana, le capitaine Puccinelli, Santori, le commandant Silvani. Les autres arriveront un peu plus tard: le médecin colonel Crudeli (mourant, il décédera le lendemain dans l'ambulance qui le conduit à l'hôpital de Bastia), Eugène Macchini, Poli, André Salini, Tiercelin et Dominique Vecchini (interné sur télégramme de Laval). Il y aura aussi parmi les prisonniers, un douanier, un cordonnier et un boulanger de Bastia; Orsini, le professeur Comiti, le commandant Biancamaria et Raca (du Grand hôtel Continental d'Ajaccio) qui n'arriveront qu'au mois de juillet ainsi que Hélène France Michel (qui épousera Mathieu Orenga à Prunelli le 8 août 1943).

 

_________________________________________________________________________________________

IL N'Y A AUCUN VOLONTAIRE A PRUNELLI

 

Le 12 avril avait lieu, à la mairie, la visite médicale des jeunes nés en 1920, 21 et 22, en vue de leur mobilisation pour le travail obligatoire en Allemagne. C'est le docteur Casamatta qui en avait été chargé.

Tous répondent "Non", à la question: "Etes-vous volontaire?" et d'un commun accord prennent des précautions pour se soustraire à cette obligation... En couchant hors du village.

Alexandre Gambotti les contacte et leur offre en tant que représentant du F.N dans la région de prendre leur direction dans la résistance:

-" Je vais m'occuper de votre départ au maquis, du ravitaillement, des armes et de votre sécurité... Leur promet-il, tout en ajoutant : "Je vous mets en garde contre un groupe qui veut s'immiscer dans la direction de la résistance chez nous.

 

En ce mois d'avril 1943, pendant la semaine pascale, Toussaint Micaelli vient demander à Jean-Baptiste Casamatta et à Jojo Jouan-Pieri s'ils acceptent d'aller récupérer des armes à Ghisonaccia-Gare.

Les deux jeunes hommes quittent "Pastricciola" de bon matin, cachent leurs chevaux sur la rive gauche du Fium'Orbu, traversent et continuent à pied jusqu'à la gare.

"Qui cherchez- vous?" demande une voix

"Nous venons du Fiumorbu" répondent-ils. C'était le mot de passe.

Ermeny, chef de la résistance de cette région accompagné de patriotes les invite à déjeuner puis les conduit dans le maquis. Au bout d'une demi-heure d'attente les deux fiumorbais repartent avec un lot de 19 grenades. Une patrouille les intercepte mais n'a pas la curiosité de regarder dans leurs musettes - Ouf!-

Mais, ces déplacements, finissent par mettre la puce à l'oreille aux occupants qui arrête quelques jeunes, hors du village, au début du mois de mai, sans pouvoir leur reprocher quelque chose et les relâchent aussitôt. Une autre fois c'est Ange Casamatta qui est interrogé pendant quelques heures au P.C italien, une fois encore c'est François Casamatta, à peine âgé de 13 ans qui est arrêté. Le garçonnet qui servait d'agent de liaison est interrogé pendant des heures. Faisant preuve d'une intelligence hors du commun et de beaucoup d'à propos et de perspicacité il se tirera de ce mauvais pas.

Le 15 mai, un nouvel incident se produit... Au cours d'un bal à Acciani: Un jeune de Prunelli gifle une jeune fille. Un "chemise noire" va intervenir lorsqu'un jeune de San Gavinu s'interpose en le saisissant au col... Le calme reviendra sans que les italiens n'aillent plus loin.

 

 

LES DETENUS S'EVADENT

La vraie-fausse évasion du sénateur

 

Nous sommes à la fin du mois de juin. La nature est radieuse et les prisonniers rêvent d'évasion comme tous les prisonniers, plus encore par ce beau temps.

Un soir, Pierrot Santoni annonce le moment propice.

Pierrot Santoni, mandaté par François Giacobbi vient prévenir le sénateur de se tenir prêt.

Un plan est établi dans la maison de Martin Gambotti à "Mezzanuru" où se sont réunis Paul Giacobbi, Maître Luciani, Toussaint Micaelli et le Dr Achilli.

Il est minutieusement préparé mais ne sera jamais mis à exécution. En effet, le lendemain, alors que les détenus discutent devant le bar de Marius Valentini, Noël Martinetti se dirige vers eux, l'air grave, manifestement ému, il murmure :

"Je viens de surprendre une communication qui ne laisse aucun doute, les chemises noires viennent de recevoir l'ordre de vous évacuer ailleurs. Vous allez tous être embarqués."

Pressé de mieux s'expliquer il leur apprend que vers 18h30 Paul Giacobbi s'est adressé à Ange Casamatta qui rentre d' "Albitroni":

"Ange, nous avons surpris une conversation qui nous laisse penser qu'un camion doit nous évacuer cette nuit."

"Quittez donc le village cette nuit et ne revenez à l'appel de demain si rien ne s'est passé", propose Ange.

Cette solution est écartée. Alors, Ange propose de les cacher pour la nuit... Chez lui.

Giacobbi, Macchini, Bariani, Poli et le Dr Piana acceptent. Pour sa part le commandant Silvani préfère se cacher chez Melle Pietri.

Ce qui est fait.

Mais les 5 hommes sont rapidement mal à l'aise dans l'étroit grenier d'Ange, la nourriture est difficile à trouver sans éveiller les soupçons des italiens qui cherchent les fugitifs partout... Sauf dans le village. Cette vraie-fausse évasion sera de courte durée. Casamatta est particulièrement surveillé aussi , 36 heures  plus tard, les 5 "fugitifs" sont-ils "transférés" chez Toussaint et Marius Valentini.

C'est ainsi que le sénateur Giacobbi s'est évadé tout en restant au village, mieux, en réintégrant la maison où il était en détention!

Les italiens qui avaient (sommairement, il faut le dire) fouiller les maisons du village n'avaient pas cru bon d'inspecter le grenier d'Ange Casamatta. Erreur que 'auraient pas faite les allemands!

C'est donc de retour chez Toussaint et Marius Valentini que le plan de la véritable évasion va être mis au point, avec Etienne Dominici (qui est facteur et qui possède pour sa tournée, une mule).

 

Le plan et l'évasion a dos de mulet du sénateur:

Deux patrouilles font le tour du village régulièrement, en sens inverse. Pour trouver le moment propice il faut  occuper l'un d'elles (au virage de Casacce), c'est ce que font les épouses de Toussaint Valentini et d'Ange Casamatta qui viennent discuter avec les italiens, pendant ce temps Noël Martinetti, Thomas Dominici et Marien Taffarelli signalent la position de l'autre patrouille au moyen de cigarettes et d'allumettes enflammées, selon un code précis.

Un hiatus d'à peine quelques minutes permettra la fuite.

Les évadés sont accompagnés d'Etienne Dominici, Argeu et J.B Casamatta jusqu'au lieu-dit "Bittulu" où ils seront rejoints par Ange Casamatta.

Le sénateur Giacobbi de santé fragile et à la mauvaise vue, surtout de nuit, fera le trajet à dos de mulet (celui du facteur Etienne Dominici).

A Petrapola, Bartoli appelé "Brandinu", armé, vient se joindre au curieux convoi, là, Etienne Dominici récupère son mulet et le sénateur Giacobbi change de monture, jusqu'à Chics en passant par Ania.

A Chisa, le sénateur sera caché pendant plusieurs jours chez le capitaine (à la retraite) Giudicelli.

 

Certains retournent se cacher... A Prunelli!

 

Les évadés: Macchini revient et est caché au village, le commandant Silvani  fait le mur habillé en femme

Bariani sera abrité par le Dr Achilli avant de retourner chez lui, en Balagne, guidé par Françoise Alessandrini et Etienne Dominici jusqu'à "Murtuli".

Macchini, Piana et Poli se réfugient à "Cavorsu" où leur ravitaillement est très dangereux. Un séjour assez bref car ils seront bientôt obligés de fuir de nouveau, les italiens ayant repéré leur cachette (suite à une dénonciation). Ils n'auront le temps de fuir que grâce à la présence d'esprit de Caroline Dominici qui empruntant un sentier seulement connu par certains ira les prévenir à temps. Ils seront alors cachés par Bastien Vittori à "Vonarpia" en haute montagne puis à "Murtuli". Ce jeu de cache-cache finit par déprimer les évadés, Macchini  en mauvaise santé est ramené à Prunelli par Françoise Alessandrini et le gendarme Brault, puis caché dans la maison Lungari où il sera enfin soigné par le Dr Achilli.

De son côté, le commandant Silvani qui avait préféré se cacher chez Melle  Faustine Pietri va s'évader habillé... En femme. Plutôt réticent au départ, il finit par accepter de revêtir une robe et Françoise Alessandrini le conduira chez son père. C'est par la fenêtre de la cuisine que le Cdt Silvani va fuir, il se retrouve alors dans le jardin où l'attendent J.B Casamatta et Jojo Jouan-Pieri, tous les deux sont armés et aideront le commandant Silvani à franchir le mur... En le prenant dans leurs bras. Rien n'aura été épargné au commandant qui finalement se retrouve à la fontaine du Valdu, au bas du village ou Argëu Gambotti et son fils Nicolas le prennent en charge jusqu'à Puzzichellu.

 

Les évasions vont évidemment provoquer de violentes réactions, fouilles, interpellations, interrogations particulièrement dans la nuit du 28 au 29 juillet. Les prisonniers qui n'ont pas participé à l'évasion, sauf 4 qui seront libérés, seront déportés en Italie , au camp de Ferramonti di Tarsia (Calabre)..

 

  

MISSION A TRAVU: LES ARMES DU CASABIANCA

 

 LES PARACHUTAGES ANGLAIS AU "PRATU"

Mot de passe: "Je viens voir Raymond"

 

Venus du nord de l'île, deux hommes se présentent à Albitroni (Commune de Prunelli) le 12 juillet vers midi.

Il s'agit d'un italien antifasciste et de Dominique Vincetti.

"Je viens voir Raymond"

C'est le mot de passe. La confiance s'instaure.

Au cours du repas la mission de récupération du matériel caché au cours du dernier débarquement du "Casabianca" à Travu, est élaborée.

Il est 3h du matin lorsque Vincetti et son compagnon, Etienne Dominici, Alexandre Gambotti, Jojo Jouan-Pieri, Jean-Baptiste Dominici appelé "Bitty" avec son mulet et Argeü Gambotti avec 2 autres mulets quittent Albitroni en direction de Travu par le pont de Serra, les villages de Serra et Ventiseri.

Il est 10h du matin quand ils arrivent au barrage de Travu.

La traversée de la route nationale et de la voie ferrée, gardées par les italiens, n'est possible qu'à plat ventre et dans le caniveau.

Au point fixe "Tuisa", ils trouvent les caisses contenant 18 mitraillettes, des munitions, un poste émetteur avec ses accumulateurs, un sac de conserves et des cigarettes.

Ils déballent tout et font des paquets transportables jusqu'au barrage où Argeü attend avec ses mulets.

Alors que tout se passe normalement, et qu'ils se trouvent en contrebas de la voie ferrée, un soldat qui arrive à bicyclette les aperçoit... Et passe son chemin. Ouf! Ils ont eu chaud. Cependant Vincetti le suit pendant quelques minutes afin de s'assurer qu'il n'y a aucun autre danger.

De retour vers ses compagnons qui l'interrogent du regard:

"Inutile de le descendre, je suis persuadé qu'il ne dira rien car si telle avait été son intention il aurait changé sa cadence, pédalé plus vite mais il n'a pas modifié son allure."

A 17h, les mulets sont chargés et c'est le retour par le même chemin jusqu'à Albitroni (hameau situé à une dizaine de kilomètres de la plaine et à trois kilomètres du village). Ils peuvent enfin, vers 1h du matin, se reposer et dormir un peu, après avoir camouflé les armes.

Le sommeil est de courte durée car il faut maintenant nettoyer les armes qui ont souffert de leur séjour en bord de mer et les entreposer.

Le surlendemain, après s'être concertés sur de nombreuses questions et en particulier du lieu des parachutages, Dominique Vincetti et son compagnon font leurs adieux et quittent "Albitroni" dans le taxi à gazogène de François Angeli en emportant le poste émetteur.

Ils vont prendre à Abbazia, le train du matin.

 

DES DOCUMENTS DE LA PLUS HAUTE IMPORTANCE

 

Deux jours après la récupération des armes du Casabianca, Etienne Dominici qui est chargé d'établir des liaisons avec les résistants de la région de Porto-Vecchio, se rend dans la ville.

Lieu du rendez-vous: Un café, mot de passe: Santos.

Etienne ignore bien évidemment que ce café a été investi, la veille, 14 juillet, par l'occupant qui a procédé à des arrestations et installé une étroite surveillance.

Malgré le danger il échappe par miracle à cette surveillance et obtient même les renseignements souhaités et retrouve, dans le maquis, le cantonnement des FFI de cette région.

Il y passe deux jours et repart avec des documents de la plus haute importance qu'il doit remettre au front national départemental parmi lesquels l'inventaire des effectifs et des besoins en armes, l'importance et la répartition des forces d'occupation, les plans d'actions futures.

 

A Chisà, le prêtre n'était pas à la procession

 

L'occupant ayant interdit tout rassemblement de personnes, même dans un but religieux, le curé annule la procession de Chisà dont les habitants voulaient fêter la St Jacques. A défaut de prêtre, ils vont quand même organiser cette procession dans les chants, les acclamations et une joie insolente!

C'est au moment de la procession que Vincent Dominici arrive en compagnie d'Antoine Poli de San Gavinu di Fiumorbu (qui remplaçait son frère alors en mission).

 

Dénonciations

Pendant tout ce temps, l'occupant italien s'agite beaucoup, de nouvelles troupes arrivent à Prunelli, à la fin du mois de juillet.

Un capitaine guidé par un habitant de la commune qui croit toujours à la victoire de l'Axe vient frapper à la villa "Missia":

"Je vous informe de mon intention d'occuper le couvent, dit-il au receveur, je vous remettrai "una cartolina".
Le lendemain de nouveaux camions arrivent. Le couvent St François est occupé.

Le 30 juillet à 8h du matin le chef de gendarmerie de Prunelli pénètre dans la maison d'Etienne Dominici à Albitroni pour lui signaler que sa maison est cernée.

Une perquisition a lieu, durant deux heures, rien de suspect n'ayant été trouvé, les italiens se retirent.

Jojo Jouan-Pieri, pendant ce temps, court chercher des renforts et des armes à "Aghja-Vecjha". Alexandre Gambotti se joint à lui, armés et sur leurs gardes ils se postent non loin de la maison cernée, prêts à intervenir. Ils n'en auront pas heureusement l'occasion.

On apprendra par la suite, que le lieutenant des chemises noires, qui n'avait donné aucune suite à une dénonciation émanant d'habitants compatriotes de Prunelli (dont il refusa de dévoiler l'identité) avait été obligé de s'exécuter car une seconde dénonciation avait été adressée directement au Commandant général à Corte.

 

Les parachutages à "Pratu"

 

La surveillance des côtes rendant plus difficile le débarquement des armes par le "Casabianca" dans la région, il fut décidé de proposer des parachutages.

On choisit la fosse de "Pratu".

Le message qui devait en annoncer les dates était le suivant: "Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre".

Marien Taffarelli et Jojo Jouan-Pieri vont alors organisé la réception du 3 au 12 août, en nettoyant la "fosse", coupant et ramassant le bois.

Lors de la réception, l'un devait allumer 3 feux, l'autre était chargé d'envoyer en direction de l'avion anglais, des signaux lumineux à l'aide d'une lampe, plus exactement le mot de passe, la lettre P de  "pigeon" en morse, c'est à dire un bref, deux longs, un bref.

Lorsque le message est enfin entendu, Etienne Dominici rejoint les 2 hommes à Pratu en compagnie de son père et d'Ange Casamatta. Le premier parachutage est effectué le 12 août 1943.

Rapidement, Alexandre Gambotti avec Matteoni et Defendini venus de Tassu, Noël Martinetti et Etienne Bartoli, se rendent sur les lieux.

A deux reprises 2 avions britanniques lâchent une trentaine de parachutes dont la récupération ne fut pas facile compte tenu des lieux malaisés. Jean-Etienne Bartoli qui connaît parfaitement le terrain sera d'un grand secours.

Les armes et le ravitaillement sont camouflés sur place et les parachutes enterrés.

Etienne, Marien, Jojo et Ange s'absentent alors car un deuil a frappé la famille Dominici. A leur retour ils constatent avec angoisse que les caches sont vides!

C'était Alexandre qui avait fait transporter tout le matériel au P.C d'Aghja-Vechja, à dos de mulets. Les armes ont été ensuite distribuées aux patriotes venus de Tassu, San Gavinu et même de Poggio di Nazza avec Paul Susini.

A leur grande  surprise des résistants qui se trouvent à Pratu" voient arriver Toussaint Micaelli dont ils ignoraient son appartenance à la résistance. Celui-ci leur fait savoir qu'un troisième parachutage est prévu pour le 7 septembre, c'est Joseph Gambotti qui l'a chargé de récupérer 3 conteneurs destiné à un officier anglais. Mais ce parachutage n'eut jamais lieu.

L'officier anglais était un capitaine qui se cachait à Chisà chez Simon-Jean Giudicelli (celui-là même qui cacha le sénateur Giacobbi) . Sa présence avait été signalée en grand secret à Etienne Dominici.

Le capitaine britannique ayant manifesté le désir de contacter les résistants de la région, une réunion est fixée au pied de la haute falaise de Pratu, à la limite supérieure d'une forêt de hêtres.

2 guides, l'un de Chisà, l'autre de San Gavinu conduisent le capitaine anglais et S.J Giudicelli à l'endroit prévu où ils sont rejoints par quelques hommes de Tassu et Alexandre Gambotti, Etienne Dominici et Jojo Jouan-Pieri.

Là le capitaine après avoir fait le point de la situation souhaite récupérer les parachutes.

"Impossible, répond Alexandre, ils ont été volés."

L'anglais ne prononcera plus un mot.

Il sera ensuite caché par Dominique Defendini à Ajola, avant de partir pour une destination inconnue.

 

LE GUET APENS DE PUDAGHJU

 

Le 25 août, alors que la compagnie italienne stationnée à Acciani a rejoint le bataillon de Valcaccia, des soldats italiens qui se rendent à Prunelli sur un triporteur sont attaqués au lieu-dit "Pudaghju" par des jeunes de San Gavinu avides d'essayer les mitraillettes reçues par les parachutages de Pratu. Un soldat italien est tué, les 2 autres (seulement) blessés ce qui provoquera la déception des dirigeants et des patriotes.

La réaction fut immédiate et violente. Après une enquête rapide, le commandant italien se précipite à San Gavinu et demande des otages au maire, M. Andreani.

Celui-ci réplique:

"Je n'en ai qu'un à vous offrir, moi-même!"

Le commandant italien finira par partir, sans revenir, abandonnant toutes représailles.

Le soldat italien tué sera enterré à Santa Croce dans le cimetière de Prunelli.

 

LA BATAILLE D'ABBAZIA

 

Une section italienne attaque Prunelli ... Après l'armistice

  

Au début du mois de septembre 1943, des troupes italiennes venant de Sardaigne atterrissent à Abbazia (commune de Prunelli di Fiumorbu), où elles s'installent.

L'Italie capitule le 8 .

Mais à cause d'une erreur d'interprétation à un défaut de communication, une section italienne partie de Valcaccia attaque Prunelli! Sans même prendre la peine de contacter les troupes qui se trouvent alors au village!

Des coups de feu partent d'un peu partout et les italiens tirent sur les personnes qu'ils voient armées où qui mettent le nez à la fenêtre. Une femme ouvre sa porte, elle est prise pour cible sans dommage heureusement.

Coups de feu, grenades, il n'y aura alors qu'un seul blessé atteint par des éclats, Ange Gambotti.

Interloqués, deux résistants Etienne Dominici et Jojo Jouan-Pieri ne pourront rien faire, car au moment où ils veulent riposter leurs armes s'enrayent. Ils ne doivent leur salut que par miracle.

Les italiens cantonnés à Prunelli finissent pas contacter cette section belliqueuse et aussi tôt la fusillade s'arrête.

Pour fêter l'armistice italien, ce fut un vrai feu d'artifice.

 

Le lendemain de cette méprise, les jeunes de Prunelli ôtent le portrait du Maréchal Pétain qui trônait dans le bureau de poste et Pierrot Santoni et Félix Defendini arrachent la plaque posée place de la mairie.

 

Les allemands arrivent

 

Le bataillon italien qui venait de se replier à "U Cantoni" à Prunelli, quitte précipitamment le campement dans la nuit du 11 au 12 septembre à l'annonce de l'arrivée des allemands. Il abandonne armes et bagages à la grande joie des villageois qui s'en emparent.

Pendant une dizaine de jours les allemands, installés en plaine, vont multiplier les manoeuvres d'intimidation aux moyens de leur aviation et de chenillettes, opérer des incursions et de nombreuses perquisitions.

On est loin de l' indulgence des italiens, c'est un rigorisme très prussien qui fait régner la crainte au sein de la population.

Cependant les allemands tout en étant vigilants restent corrects. Lors d'une perquisition à Prunelli, chez le capitaine de Vaisseau François Pieri, présent avec sa nièce et son neveu, deux gradés d'un mouvement synchrone claquent des talons et saluent la photographie d'un colonel en officier de marine près duquel se trouve le cousin de François Pieri, Charles Pieri Saint Cyrien de la promotion Fez, la même que celle du général De Gaulle et du maréchal Juin.

Ils seront quand même fâchés de trouver deux grenades italiennes sur une étagère de la cuisine!

 

Soucieux aussi du ravitaillement des populations, auxquelles ils viennent d'interdire toute circulation hors du village, les allemands autorisent à puiser dans les réserves italiennes entreposées dans la maison Giorgi à l'entrée du village.

Une opération qui était ponctuée de cris, de coups de fusil en l'air et pour laquelle il fallait être très rapide. Le partage n'étant pas la première des urgences, c'était évidemment les plus forts et les plus lestes qui se servaient le mieux.

Certains patriotes, aidé des gendarmes Brault et Hecht s'emparent de quelques sacs de farine et de pâtes qu'ils vont remettre à l'épicerie Martinetti pour qu'ils soient distribués à la population.

   

  BATAILLON DE CHOC ET L 'ATTAQUE  D' ABBAZIA ET DE l'USINE D'AGNATELLU

  

Pendant ce temps, le sous-marin Casabianca puis les torpilleurs "Fantasque" et "Terrible" débarquent à Ajaccio les hommes du "bataillon de choc, donc les 13 et 14 septembre.

Les sections de la 1ère compagnie commandées par le lieutenant Lamy et le sous lieutenant Arguillères arrivent à San Gavinu le 20 septembre 1943.

Aussitôt les résistants et le bataillon de choc mettent au point l'attaque du P.C allemand d'Abbazia qui va se dérouler les 22 et 23 septembre, suivie deux jours après par celle de l'usine d'Agnatellu.

Toussaint Micaelli, Etienne Dominici et Jean-Baptiste Casamatta participent à la première opération aux postes qui leurs sont confiés.

Le lieutenant de gendarmerie Lecas avec sa compagnie guidé par  Michel Rossini, les francs-tireuers désignés par Joseph Gambotti et Toussaint Micaelli interviennent dans l'attaque de l'usine.

Les uns servent de guides, les autres protègent le replis des soldats français.

François Bartoli dit "Cecce" et Antoine Manfredi sont installés sur les hauteurs avec une mitrailleuse; ils ne sont pas seuls a être armés et ainsi postés.

J.B Palandri est chargé d'aller chercher à Prunelli deux mitrailleuses "Hotchkiss" pour "bluffer les allemands sur les forces réelles des attaquants.

Dominique Santelli et Michel Defendini sont volontaires pour se rendre à l'usine par le barrage afin d'aider les militaires à ramener d'éventuels prisonniers.

Toussaint Micaelli prendra l'initiative de réduire au silence une mitrailleuse allemande installée dans une vigne.

 

(les détails de cette opération sont relatées dans les documents signés du lieutenant Lamy pour l'usine d'Agnatellu et du sous lieutenant Arguillère pour l'attaque d'Abbazia)

 

Les pertes allemandes sont importantes: 20 tués et 10 blessés à l'usine, 4 ou 5 tués et 8 blessés à Abbazia.

Le bataillon de choc aura 2 morts à déplorer: le sergent Bonnelie et le chasseur Vazart. Le premier a été mitraillé à bout portant à Agnatellu au moment où il lançait une grenade;  Vazart est mort à Abbazia et 2 sous-officiers accompagnés par Etienne Dominici et Jojo Jouan-Pieri seront blessés en tentant de le récupérer, les allemands ayant mis des grenades dans ses poches avant de partir.

Au cours de ces attaques ont déplorera aussi 2 blessés: Les sergents Tritsch et Ousset.

 

Le bataillon de choc, harassé et affamé rejoint ensuite "Aghja-Vechja", le lieutenant Lamy et ses hommes seront reçus chez le père de Françoise Alessandrini, résistante efficace.

Les habitants du village craignant des représailles l'évacuent, sauf le colonel Pieri, sa nièce et son neveu ainsi que Dominique et madame Gelormini et quelques résistants qui sont restés pour veiller sur eux.

C'est au cours de la nuit du 25 au 26 septembre que les obus allemands tombent sur Serra di Fiumorbu alors que Prunelli est épargné.

Depuis le village on assiste à l'explosion de la gare de Ghisonaccia, à l'incendie de la gare d'Abbazia et du terrain d'aviation ainsi qu'à l'explosion du pont de "Cotti" et de deux arches du pont du Fiumorbu.

Le lendemain les allemands quittent la région en détruisant les ponts derrière eux, ce qui a fait dire au speaker de "Radio Londres": "En Corse, en plaine orientale, les allemands battent en retraite détruisant les oeuvres d'art"!

 

Le 28 septembre Prunelli retrouve ses institutions républicaines la première municipalité est installée et dirigée par Alexandre Gambotti. Dissoute le 21 octobre par un arrêté préfectoral qui nomme un nouveau conseil municipal, c'est alors Vincent Dominici qui se retrouve au poste de maire.

 

_________________________________________________________________________________________

IMPORTANT

 

Le texte est de Timo Pieri  -tiré de son ouvrage 1943 Prunelli camp d'internement- grâce à  son histoire personnelle et celle de sa famille et aux témoignages de :

Françoise Alessandrini (résistante) et Vincent Dominici (frère d'Eugène).

Ange Casamatta, Joseph Gambotti, Jojo Jouan-Pieri, Toussaint Valentini, M. Micaelli, le journal intime du receveur Pieri, la correspondance fournie (et les notes) de certains auteurs des faits dont celle de Dominique Vecchini, véritable mine de renseignements) ainsi que de Charles Filippini, Paul-Joseph Susini, Marc Marie Santelli, Lieutenant Pierre Lucas, le lieutenant Lamy, le sous-lieutenant Arguillère.

 

 

_________________________________________________________________________________________

@contacter l'auteur