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1943 Prunelli camp d'internement

LE CAMP DE
PRISONNIERS DE PRUNELLI DI FIUMORBU
Comment est née la
résistance dans le Fiumorbu
Le 15 juin 1940, les prunellais assistent au survol
de leur village Prunelli di Fiumorbu par des avions italiens ainsi qu'au
bombardement du terrain d'aviation, à la riposte des canons d'Aleria (1). Trois
nouvelles incursions auront lieu avant la signature de l'armistice et le régime
de Vichy.
La confiance que d'aucuns accordent au Maréchal
étouffe les sentiments anti-allemands et anti-fascistes. Les esprits évoluent
cependant à partir du 11 Novembre 1942 lors de l'occupation de l'île par les
troupes de l'axe.
S'instaure alors une période plus difficile sur les
plans alimentaires économique et politique. La sympathie que les soldats
italiens témoignent aux corses contraste avec les opérations policière des
chemises noires et de l'O.V.R.A qui ouvre au début de l'année 1943 un camp
d'internement à Prunelli et qui
incarcère à Marbeuf, un enfant du village, pour "résistance" : Pierrot Santoni.
La résistance, en effet, s'est organisée en Corse
grâce à Fred Scamaroni. Tous les mouvements isolés sont regroupés par le Front
National fin 1942.
A Prunelli, on assiste dés cette époque à des actes de résistance réalisés par des jeunes avant même qu'ils ne soient contactés par des organisateurs. C'est le cas de Jean-Baptiste Casamatta, de Jojo Jouan-Pieri, de François et Paul Susini... Qui manifestent leur opposition au régime et à l'occupant par des chants patriotiques, le non respect du couvre-feu, le refus de parler aux italiens etc... Malgré les difficultés, le manque de coordination, les tendances politiques, la résistance se structure et, au fil des mois, "Aghja-Vechja" et "Albitroni" deviennent les P.C officiels d'où s'élaborent les missions.(2)
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(1) D'après le journal manuscrit
du receveur Pierre-Joseph Pieri (1858-1949)
(2)
Seront connus
comme responsables à des titres et à des moments différents: Le Docteur Achilli
du mouvement Giacobbi, Etienne Dominici responsable du Fiumorbu ( a dirigé et participé à toutes les opérations de la région
préparées à "Albitroni" (hameau de Prunelli). Sa famille a ravitaillé
par ses propres moyens tous les envoyés en mission et les patriotes
pourchassés. Il a caché Paul Giacobbi et l'a aidé à s'évader. Il n'a rien
revendiqué à
Dans les communes voisines, les groupes d'Ana, San Gavinu, Serra,
Isulacciu et Ajola étaient respectivement dirigés par Paul Toussaint Giorgi,
Antoine Jean Colombani, Jean Marie Paoli, F. Bartoli dit "Cecce" et
Dominique Defendini.
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PRUNELLI CAMP
D'INTERNEMENT
Au début de l'année
Un détachement de cinquante chemises noires, un
lieutenant, un "maréchal" et une douzaine de carabiniers viennent
prendre position, occupent des locaux et en réquisitionnent d'autres.
C'est le docteur Achilli qui annonce l'arrivée des
prisonniers en téléphonant à Prunelli, à Dominique Alessandrini en qui il avait
toute confiance.
-"Faites du café, Giacobbi arrive avec des amis" devait-il dire à Françoise Alessandrini.
-" Prévenez Toussaint Micaelli du transfert à Prunelli de Paul Giacobbi et de plusieurs patriotes détenus
à Marbeuf"
annonçait-t-il à Clémence Corteggiani.
Toute la population est venue accueillir les
prisonniers (1). Chacun devait apporter un quelque chose afin d'améliorer leur
sort, y compris de la soupe chaude à l'initiative de Françoise Alessandrini.
Les détenus ne sont pas véritablement maltraités et
très vite la discipline se relâche, les détenus sont autorisés à se loger chez
l'habitant.
Le sénateur est l'hôte de Angèle Joséphine Valentini, Salini et Macchini sont hébergés chez Rosina Gelormini, Bariani chez Pauline
Taddei, Silvani chez Faustine Pietri, Piana, Casanova, le douanier puis Melle Michel se retrouvent chez Jean Vitus Evangelista, d'autres logent
à "Mezzanuru", les uns sont nourris par leurs hôtes les autres
prennent pension chez Antoinette Evangelista ou Dominique Alessandrini.
Les détenus garderont d'ailleurs un souvenir
inoubliable de la réception que leur a réservé
Prunelli, de la sympathie que ses habitants leur ont témoigné et de l'aide
qu'ils leur ont apporté.
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Sont arrivés
les premiers: Bariani (Collègue d'étude d'Etienne Dominici), Bianconi
(directeur du Petit Bastiais), Casanova, Culioli, Paul Giacobbi (1896-1951),
Lameta, Luciani, le Dr Piana, le capitaine Puccinelli, Santori, le commandant
Silvani. Les autres arriveront un peu plus tard: le médecin colonel Crudeli
(mourant, il décédera le lendemain dans l'ambulance qui le conduit à l'hôpital
de Bastia), Eugène Macchini, Poli, André Salini, Tiercelin et Dominique
Vecchini (interné sur télégramme de Laval). Il y aura aussi parmi les
prisonniers, un douanier, un cordonnier et un boulanger de Bastia; Orsini, le
professeur Comiti, le commandant Biancamaria et Raca (du Grand hôtel
Continental d'Ajaccio) qui n'arriveront qu'au mois de juillet ainsi que Hélène
France Michel (qui épousera Mathieu Orenga à Prunelli le 8 août 1943).
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IL N'Y A AUCUN
VOLONTAIRE A PRUNELLI
Le 12 avril avait lieu, à la mairie, la visite
médicale des jeunes nés en 1920, 21 et 22, en vue de leur mobilisation pour le
travail obligatoire en Allemagne. C'est le docteur Casamatta qui en avait été
chargé.
Tous répondent "Non", à la question:
"Etes-vous volontaire?" et d'un commun accord prennent des
précautions pour se soustraire à cette obligation... En couchant hors du
village.
Alexandre Gambotti les contacte et leur offre en
tant que représentant du F.N dans la région de prendre leur direction dans la
résistance:
-" Je vais m'occuper de votre départ au maquis,
du ravitaillement, des armes et de votre sécurité... Leur promet-il, tout en
ajoutant : "Je vous mets en garde contre un groupe qui veut s'immiscer
dans la direction de la résistance chez nous.
En ce mois d'avril 1943, pendant la semaine pascale,
Toussaint Micaelli vient demander à Jean-Baptiste Casamatta et à Jojo
Jouan-Pieri s'ils acceptent d'aller récupérer des armes à Ghisonaccia-Gare.
Les deux jeunes hommes quittent
"Pastricciola" de bon matin, cachent leurs chevaux sur la rive gauche
du Fium'Orbu, traversent et continuent à pied jusqu'à la gare.
"Qui cherchez- vous?" demande une voix
"Nous
venons du Fiumorbu" répondent-ils. C'était le mot de passe.
Ermeny, chef de la résistance de cette région
accompagné de patriotes les invite à déjeuner puis les
conduit dans le maquis. Au bout d'une demi-heure d'attente les deux
fiumorbais repartent avec un lot de 19 grenades. Une patrouille les intercepte
mais n'a pas la curiosité de regarder dans leurs musettes - Ouf!-
Mais, ces déplacements, finissent par mettre la puce
à l'oreille aux occupants qui arrête quelques jeunes, hors du village, au début
du mois de mai, sans pouvoir leur reprocher quelque chose et les relâchent
aussitôt. Une autre fois c'est Ange Casamatta qui est interrogé pendant
quelques heures au P.C italien, une fois encore c'est François Casamatta, à
peine âgé de 13 ans qui est arrêté. Le garçonnet qui servait d'agent de liaison
est interrogé pendant des heures. Faisant preuve d'une intelligence hors du
commun et de beaucoup d'à propos et de perspicacité il se tirera de ce mauvais
pas.
Le 15 mai, un nouvel incident se produit... Au cours
d'un bal à Acciani: Un jeune de Prunelli gifle une jeune fille. Un
"chemise noire" va intervenir lorsqu'un jeune de San Gavinu
s'interpose en le saisissant au col... Le calme reviendra sans que les italiens
n'aillent plus loin.
LES DETENUS
S'EVADENT
La
vraie-fausse évasion du sénateur
Nous sommes à la fin du mois de juin. La nature est
radieuse et les prisonniers rêvent d'évasion comme tous les prisonniers, plus
encore par ce beau temps.
Un soir, Pierrot Santoni annonce le moment propice.
Pierrot Santoni, mandaté par François Giacobbi vient prévenir le sénateur de se tenir prêt.
Un plan est établi dans la maison de Martin Gambotti à
"Mezzanuru" où se sont réunis
Paul Giacobbi, Maître Luciani, Toussaint Micaelli et le Dr Achilli.
Il est minutieusement préparé mais ne sera jamais
mis à exécution. En effet, le lendemain, alors que les détenus discutent devant
le bar de Marius Valentini, Noël
Martinetti se dirige vers eux, l'air grave, manifestement ému, il murmure :
"Je viens de surprendre une communication qui
ne laisse aucun doute, les chemises noires viennent de recevoir l'ordre de vous
évacuer ailleurs. Vous allez tous être
embarqués."
Pressé de mieux s'expliquer il leur apprend que vers
18h30 Paul Giacobbi s'est adressé à Ange Casamatta qui rentre d'
"Albitroni":
"Ange, nous avons surpris une conversation qui
nous laisse penser qu'un camion doit nous évacuer cette nuit."
"Quittez donc le village cette nuit et ne
revenez à l'appel de demain si rien ne s'est passé", propose Ange.
Cette solution est écartée. Alors, Ange propose de
les cacher pour la nuit... Chez lui.
Giacobbi,
Macchini, Bariani, Poli et le Dr Piana acceptent. Pour sa part le commandant Silvani préfère se cacher chez Melle Pietri.
Ce qui est fait.
Mais les 5 hommes sont rapidement mal à l'aise dans
l'étroit grenier d'Ange, la nourriture est difficile à trouver sans éveiller
les soupçons des italiens qui cherchent les fugitifs partout... Sauf dans le
village. Cette vraie-fausse évasion sera de courte durée. Casamatta est
particulièrement surveillé aussi , 36 heures plus tard, les 5 "fugitifs" sont-ils "transférés" chez Toussaint et Marius Valentini.
C'est ainsi que le sénateur Giacobbi s'est évadé
tout en restant au village, mieux, en réintégrant la maison où il était en
détention!
Les italiens qui avaient (sommairement, il faut le
dire) fouiller les maisons du village n'avaient pas cru bon d'inspecter le
grenier d'Ange Casamatta. Erreur que 'auraient pas faite les allemands!
C'est donc de retour chez Toussaint et Marius
Valentini que le plan de la véritable évasion va être mis au point, avec Etienne Dominici (qui est facteur et
qui possède pour sa tournée, une mule).
Le plan et
l'évasion a dos de mulet du sénateur:
Deux patrouilles font le tour du village
régulièrement, en sens inverse. Pour trouver le moment propice il faut occuper l'un d'elles (au virage de Casacce),
c'est ce que font les épouses de Toussaint Valentini et d'Ange Casamatta qui
viennent discuter avec les italiens, pendant ce temps Noël Martinetti, Thomas Dominici et Marien Taffarelli signalent la
position de l'autre patrouille au moyen de cigarettes et d'allumettes
enflammées, selon un code précis.
Un hiatus d'à peine quelques minutes permettra la
fuite.
Les évadés sont accompagnés d'Etienne Dominici, Argeu et J.B Casamatta jusqu'au lieu-dit
"Bittulu" où ils seront rejoints par Ange Casamatta.
Le sénateur Giacobbi de santé fragile et à la
mauvaise vue, surtout de nuit, fera le trajet à dos de mulet (celui du facteur Etienne Dominici).
A Petrapola,
Bartoli appelé "Brandinu", armé, vient se joindre au curieux
convoi, là, Etienne Dominici récupère
son mulet et le sénateur Giacobbi
change de monture, jusqu'à Chics en
passant par Ania.
A Chisa, le
sénateur sera caché pendant plusieurs jours chez le capitaine (à la retraite)
Giudicelli.
Certains
retournent se cacher... A Prunelli!
Les évadés:
Macchini revient et est caché au village, le commandant Silvani fait le mur habillé en femme
Bariani sera abrité par le Dr Achilli
avant de retourner chez lui, en Balagne, guidé par Françoise Alessandrini et Etienne Dominici jusqu'à
"Murtuli".
Macchini,
Piana et Poli
se réfugient à "Cavorsu" où leur ravitaillement est très dangereux.
Un séjour assez bref car ils seront bientôt obligés de fuir de nouveau, les
italiens ayant repéré leur cachette (suite à une dénonciation). Ils n'auront le
temps de fuir que grâce à la présence d'esprit de Caroline Dominici qui empruntant un sentier seulement connu par
certains ira les prévenir à temps. Ils seront alors cachés par Bastien Vittori
à "Vonarpia" en haute montagne puis à "Murtuli". Ce jeu de
cache-cache finit par déprimer les évadés, Macchini en mauvaise santé est ramené à Prunelli par
Françoise Alessandrini et le gendarme Brault, puis caché dans la maison Lungari
où il sera enfin soigné par le Dr Achilli.
De son côté, le commandant Silvani qui avait préféré
se cacher chez Melle Faustine Pietri va
s'évader habillé... En femme. Plutôt réticent au départ, il finit par accepter
de revêtir une robe et Françoise Alessandrini le conduira chez son père. C'est
par la fenêtre de la cuisine que le Cdt Silvani va fuir, il se retrouve alors
dans le jardin où l'attendent J.B Casamatta et Jojo Jouan-Pieri, tous les deux
sont armés et aideront le commandant Silvani à franchir le mur... En le prenant
dans leurs bras. Rien n'aura été épargné au commandant qui finalement se
retrouve à la fontaine du Valdu, au bas du village ou Argëu Gambotti et son
fils Nicolas le prennent en charge jusqu'à Puzzichellu.
Les évasions vont évidemment provoquer de violentes réactions, fouilles, interpellations, interrogations particulièrement dans la nuit du 28 au 29 juillet. Les prisonniers qui n'ont pas participé à l'évasion, sauf 4 qui seront libérés, seront déportés en Italie , au camp de Ferramonti di Tarsia (Calabre)..
MISSION A TRAVU: LES ARMES DU CASABIANCA
LES PARACHUTAGES ANGLAIS AU "PRATU"
Venus du nord de l'île, deux hommes se présentent à Albitroni (Commune de Prunelli) le 12
juillet vers midi.
Il s'agit d'un italien antifasciste et de Dominique Vincetti.
"Je viens voir Raymond"
C'est le mot de passe. La confiance s'instaure.
Au cours du repas la mission de récupération du
matériel caché au cours du dernier débarquement du "Casabianca" à Travu, est élaborée.
Il est 3h du matin lorsque Vincetti et son
compagnon, Etienne Dominici, Alexandre
Gambotti, Jojo Jouan-Pieri, Jean-Baptiste Dominici appelé "Bitty"
avec son mulet et Argeü Gambotti
avec 2 autres mulets quittent Albitroni en direction de Travu par le pont de
Serra, les villages de Serra et Ventiseri.
Il est 10h du matin quand ils arrivent au barrage de
Travu.
La traversée de la route nationale et de la voie
ferrée, gardées par les italiens, n'est possible qu'à plat ventre et dans le
caniveau.
Au point fixe "Tuisa", ils trouvent les caisses contenant 18 mitraillettes,
des munitions, un poste émetteur avec ses accumulateurs, un sac de conserves et
des cigarettes.
Ils déballent tout et font des paquets
transportables jusqu'au barrage où Argeü attend avec ses mulets.
Alors que tout se passe normalement, et qu'ils se
trouvent en contrebas de la voie ferrée, un soldat qui arrive à bicyclette les
aperçoit... Et passe son chemin. Ouf! Ils ont eu chaud. Cependant Vincetti le suit pendant quelques
minutes afin de s'assurer qu'il n'y a aucun autre danger.
De retour vers ses compagnons qui l'interrogent du
regard:
"Inutile
de le descendre, je suis persuadé qu'il ne dira rien car si telle avait été son
intention il aurait changé sa cadence, pédalé plus vite mais il n'a pas modifié
son allure."
A 17h, les mulets sont chargés et c'est le retour
par le même chemin jusqu'à Albitroni (hameau situé à une dizaine de kilomètres
de la plaine et à trois kilomètres du village). Ils peuvent enfin, vers 1h du
matin, se reposer et dormir un peu, après avoir camouflé les armes.
Le sommeil est de courte durée car il faut
maintenant nettoyer les armes qui ont souffert de leur séjour en bord de mer et
les entreposer.
Le surlendemain, après s'être concertés sur de
nombreuses questions et en particulier du lieu des parachutages, Dominique Vincetti et son compagnon
font leurs adieux et quittent "Albitroni"
dans le taxi à gazogène de François
Angeli en emportant le poste émetteur.
Ils vont prendre à Abbazia, le train du matin.
DES DOCUMENTS DE
Deux jours après la récupération des armes du
Casabianca, Etienne Dominici qui est
chargé d'établir des liaisons avec les résistants de la région de
Porto-Vecchio, se rend dans la ville.
Lieu du
rendez-vous: Un café, mot de passe: Santos.
Etienne ignore bien évidemment que ce café a été
investi, la veille, 14 juillet, par l'occupant qui a procédé à des arrestations
et installé une étroite surveillance.
Malgré le danger il échappe par miracle à cette
surveillance et obtient même les renseignements souhaités et retrouve, dans le
maquis, le cantonnement des FFI de cette région.
Il y passe deux jours et repart avec des documents
de la plus haute importance qu'il doit remettre au front national départemental
parmi lesquels l'inventaire des effectifs et des besoins en armes, l'importance
et la répartition des forces d'occupation, les plans d'actions futures.
A Chisà, le prêtre n'était pas à
la procession
L'occupant ayant interdit tout rassemblement de
personnes, même dans un but religieux, le curé annule la procession de Chisà dont les habitants voulaient fêter
C'est au moment de la procession que Vincent Dominici arrive en compagnie d'Antoine Poli de San Gavinu di
Fiumorbu (qui remplaçait son frère alors en mission).
Pendant tout ce temps, l'occupant italien s'agite
beaucoup, de nouvelles troupes arrivent à Prunelli, à la fin du mois de
juillet.
Un capitaine guidé par un habitant de la commune qui
croit toujours à la victoire de l'Axe vient frapper à la villa "Missia":
"Je vous informe de mon intention d'occuper le
couvent, dit-il au receveur, je vous remettrai "una cartolina".
Le lendemain de nouveaux camions arrivent. Le couvent St François est
occupé.
Le 30 juillet à 8h du matin le chef de gendarmerie
de Prunelli pénètre dans la maison d'Etienne Dominici à Albitroni pour lui
signaler que sa maison est cernée.
Une perquisition a lieu, durant deux heures, rien de
suspect n'ayant été trouvé, les italiens se retirent.
Jojo
Jouan-Pieri,
pendant ce temps, court chercher des renforts et des armes à "Aghja-Vecjha". Alexandre Gambotti
se joint à lui, armés et sur leurs gardes ils se postent non loin de la maison
cernée, prêts à intervenir. Ils n'en auront pas heureusement l'occasion.
On apprendra par la suite, que le lieutenant des
chemises noires, qui n'avait donné aucune suite à une dénonciation émanant
d'habitants compatriotes de Prunelli (dont il refusa de dévoiler l'identité)
avait été obligé de s'exécuter car une seconde dénonciation avait été adressée
directement au Commandant général à Corte.
La surveillance des côtes rendant plus difficile le
débarquement des armes par le "Casabianca"
dans la région, il fut décidé de proposer des parachutages.
On choisit la fosse de "Pratu".
Le message qui devait en annoncer les dates était le
suivant: "Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre".
Marien
Taffarelli et Jojo Jouan-Pieri vont alors organisé la réception du 3 au 12 août, en nettoyant la
"fosse", coupant et ramassant le bois.
Lors de la réception, l'un devait allumer 3 feux,
l'autre était chargé d'envoyer en direction de l'avion anglais, des signaux
lumineux à l'aide d'une lampe, plus exactement le mot de passe, la lettre P
de "pigeon" en morse, c'est à
dire un bref, deux longs, un bref.
Lorsque le message est enfin entendu, Etienne Dominici rejoint les 2 hommes
à Pratu en compagnie de son père et d'Ange Casamatta. Le premier parachutage
est effectué le 12 août 1943.
Rapidement, Alexandre Gambotti avec Matteoni et
Defendini venus de Tassu, Noël Martinetti et Etienne Bartoli, se rendent sur
les lieux.
A deux reprises 2
avions britanniques lâchent une trentaine de parachutes dont la récupération ne fut pas facile
compte tenu des lieux malaisés. Jean-Etienne Bartoli qui connaît parfaitement
le terrain sera d'un grand secours.
Les armes et le ravitaillement sont camouflés sur
place et les parachutes enterrés.
Etienne, Marien, Jojo et Ange s'absentent alors car
un deuil a frappé la famille Dominici. A leur retour ils constatent avec
angoisse que les caches sont vides!
C'était Alexandre qui avait fait transporter tout le
matériel au P.C d'Aghja-Vechja, à dos
de mulets. Les armes ont été ensuite distribuées aux patriotes venus de Tassu,
San Gavinu et même de Poggio di Nazza avec Paul Susini.
A leur grande
surprise des résistants qui se trouvent à Pratu" voient arriver Toussaint Micaelli dont ils ignoraient
son appartenance à la résistance. Celui-ci leur fait savoir qu'un troisième
parachutage est prévu pour le 7 septembre, c'est Joseph Gambotti qui l'a chargé
de récupérer 3 conteneurs destiné à un officier
anglais. Mais ce parachutage n'eut jamais lieu.
L'officier anglais était un capitaine qui se cachait à Chisà chez Simon-Jean Giudicelli (celui-là même qui cacha le sénateur Giacobbi) . Sa présence avait été signalée en grand secret à Etienne Dominici.
Le capitaine britannique ayant manifesté le désir de contacter les résistants de la région, une réunion est fixée au pied de la haute falaise de Pratu, à la limite supérieure d'une forêt de hêtres.
2 guides, l'un de Chisà, l'autre de San Gavinu conduisent le capitaine anglais et S.J Giudicelli à l'endroit prévu où ils sont rejoints par quelques hommes de Tassu et Alexandre Gambotti, Etienne Dominici et Jojo Jouan-Pieri.
Là le capitaine après avoir fait le point de la situation souhaite récupérer les parachutes.
"Impossible, répond Alexandre, ils ont été volés."
L'anglais ne prononcera plus un mot.
Il sera ensuite caché par Dominique Defendini à Ajola, avant de partir pour une destination inconnue.
LE GUET APENS DE PUDAGHJU
Le 25 août, alors que la compagnie italienne
stationnée à Acciani a rejoint le bataillon de Valcaccia, des soldats italiens
qui se rendent à Prunelli sur un triporteur sont attaqués au lieu-dit "Pudaghju" par des jeunes de San Gavinu avides
d'essayer les mitraillettes reçues par les parachutages de Pratu. Un soldat
italien est tué, les 2 autres (seulement) blessés ce qui provoquera la
déception des dirigeants et des patriotes.
La réaction fut immédiate et violente. Après une
enquête rapide, le commandant italien se précipite à San Gavinu et demande des
otages au maire, M. Andreani.
Celui-ci réplique:
"Je n'en ai qu'un à vous offrir,
moi-même!"
Le commandant italien finira par partir, sans
revenir, abandonnant toutes représailles.
Le soldat italien tué sera enterré à Santa Croce dans le cimetière de
Prunelli.
Au début du mois de septembre 1943, des troupes
italiennes venant de Sardaigne
atterrissent à Abbazia (commune de Prunelli di Fiumorbu), où elles
s'installent.
L'Italie capitule le 8 .
Mais à cause
d'une erreur d'interprétation dû à un défaut de
communication,
une section italienne partie de Valcaccia attaque Prunelli! Sans même prendre
la peine de contacter les troupes qui se trouvent alors au village!
Des coups de feu partent d'un peu partout et les
italiens tirent sur les personnes qu'ils voient armées où qui mettent le nez à
la fenêtre. Une femme ouvre sa porte, elle est prise pour cible sans dommage
heureusement.
Coups de feu, grenades, il n'y aura alors qu'un seul
blessé atteint par des éclats, Ange Gambotti.
Interloqués, deux résistants Etienne Dominici et
Jojo Jouan-Pieri ne pourront rien faire, car au moment où ils veulent riposter
leurs armes s'enrayent. Ils ne doivent leur salut que par miracle.
Les italiens cantonnés à Prunelli finissent pas
contacter cette section belliqueuse et aussi tôt la fusillade s'arrête.
Pour fêter l'armistice italien, ce fut un vrai feu
d'artifice.
Le lendemain de cette méprise, les jeunes de
Prunelli ôtent le portrait du Maréchal Pétain qui trônait dans le bureau de
poste et Pierrot Santoni et Félix Defendini arrachent la plaque posée place de
la mairie.
Le bataillon
italien qui venait de se replier à "U Cantoni"
à Prunelli, quitte précipitamment le campement dans la nuit du 11 au 12
septembre à l'annonce de l'arrivée des allemands. Il abandonne armes et bagages
à la grande joie des villageois qui s'en emparent.
Pendant une dizaine de jours les allemands,
installés en plaine, vont multiplier les manoeuvres d'intimidation aux moyens
de leur aviation et de chenillettes, opérer des incursions et de nombreuses
perquisitions.
On est loin de l' indulgence
des italiens, c'est un rigorisme très prussien qui fait régner la crainte au
sein de la population.
Cependant les allemands tout en étant vigilants
restent corrects. Lors d'une perquisition à Prunelli, chez le capitaine de
Vaisseau François Pieri, présent avec sa nièce et son neveu, deux gradés d'un
mouvement synchrone claquent des talons et saluent la photographie d'un colonel
en officier de marine près duquel se trouve le cousin de François Pieri,
Charles Pieri Saint Cyrien de la promotion Fez, la
même que celle du général De Gaulle et du maréchal Juin.
Ils seront quand même fâchés de trouver deux
grenades italiennes sur une étagère de la cuisine!
Soucieux aussi du ravitaillement des populations,
auxquelles ils viennent d'interdire toute circulation hors du village, les
allemands autorisent à puiser dans les réserves italiennes entreposées dans la
maison Giorgi à l'entrée du village.
Une opération qui était ponctuée de cris, de coups
de fusil en l'air et pour laquelle il fallait être très rapide. Le partage
n'étant pas la première des urgences, c'était évidemment les plus forts et les
plus lestes qui se servaient le mieux.
Certains patriotes, aidé des gendarmes Brault et Hecht s'emparent de quelques sacs de farine et de pâtes
qu'ils vont remettre à l'épicerie Martinetti pour qu'ils soient distribués à la
population.
BATAILLON DE CHOC ET L 'ATTAQUE D' ABBAZIA ET DE l'USINE D'AGNATELLU
Pendant ce temps, le sous-marin Casabianca puis les
torpilleurs "Fantasque" et "Terrible" débarquent à Ajaccio
les hommes du "bataillon de choc, donc les 13 et 14 septembre.
Les sections
de la 1ère compagnie commandées par le lieutenant Lamy et le sous
lieutenant Arguillères arrivent à San Gavinu le 20
septembre 1943.
Aussitôt les résistants et le bataillon de choc
mettent au point l'attaque du P.C
allemand d'Abbazia qui va se dérouler les 22 et 23 septembre, suivie deux jours
après par celle de l'usine d'Agnatellu.
Toussaint Micaelli, Etienne Dominici et
Jean-Baptiste Casamatta participent à la première opération aux postes qui
leurs sont confiés.
Le lieutenant de gendarmerie Lecas
avec sa compagnie guidé par Michel
Rossini, les francs-tireuers désignés par Joseph
Gambotti et Toussaint Micaelli interviennent dans l'attaque de l'usine.
Les uns servent de guides, les autres protègent le replis des soldats français.
François Bartoli dit "Cecce" et Antoine Manfredi sont installés sur les hauteurs avec une
mitrailleuse; ils ne sont pas seuls a être armés et ainsi postés.
J.B Palandri est chargé
d'aller chercher à Prunelli deux mitrailleuses "Hotchkiss"
pour "bluffer les allemands sur les forces réelles des attaquants.
Dominique Santelli et
Michel Defendini sont volontaires pour se rendre à l'usine par le barrage afin
d'aider les militaires à ramener d'éventuels prisonniers.
Toussaint Micaelli prendra l'initiative de réduire
au silence une mitrailleuse allemande installée dans une vigne.
(les détails de cette opération sont relatées dans les
documents signés du lieutenant Lamy pour l'usine d'Agnatellu
et du sous lieutenant Arguillère pour l'attaque
d'Abbazia)
Les pertes
allemandes sont importantes: 20 tués et 10 blessés à l'usine, 4 ou 5 tués et 8
blessés à Abbazia.
Le bataillon
de choc aura 2 morts à déplorer: le sergent Bonnelie et le
chasseur Vazart. Le premier a été mitraillé à bout
portant à Agnatellu au moment où il lançait une
grenade; Vazart
est mort à Abbazia et 2 sous-officiers accompagnés par Etienne Dominici et Jojo
Jouan-Pieri seront blessés en tentant de le récupérer, les allemands ayant mis
des grenades dans ses poches avant de partir.
Au cours de ces attaques ont déplorera aussi 2
blessés: Les sergents Tritsch et Ousset.
Le bataillon de choc, harassé et affamé rejoint
ensuite "Aghja-Vechja", le lieutenant Lamy et ses hommes seront reçus chez le père de Françoise
Alessandrini, résistante efficace.
Les habitants du village craignant des représailles
l'évacuent, sauf le colonel Pieri, sa nièce et son neveu ainsi que Dominique et
madame Gelormini et quelques résistants qui sont restés pour veiller sur eux.
C'est au cours
de la nuit du 25 au 26 septembre que les obus allemands tombent sur Serra di
Fiumorbu alors que Prunelli est épargné.
Depuis le village on assiste à l'explosion de la
gare de Ghisonaccia, à l'incendie de la gare d'Abbazia et du terrain d'aviation
ainsi qu'à l'explosion du pont de "Cotti"
et de deux arches du pont du Fiumorbu.
Le lendemain les allemands quittent la région en
détruisant les ponts derrière eux, ce qui a fait dire au speaker de "Radio Londres": "En Corse,
en plaine orientale, les allemands battent en retraite détruisant les oeuvres
d'art"!
Le 28 septembre Prunelli retrouve ses institutions
républicaines la première municipalité est installée et dirigée par Alexandre
Gambotti. Dissoute le 21 octobre par un arrêté préfectoral qui nomme un nouveau
conseil municipal, c'est alors Vincent Dominici qui se retrouve au poste de
maire.
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IMPORTANT
Le texte est de Timo Pieri -tiré de son ouvrage 1943 Prunelli camp d'internement- grâce à son histoire personnelle et celle de sa famille et aux témoignages de :
Françoise Alessandrini (résistante) et Vincent Dominici (frère d'Eugène).
Ange Casamatta, Joseph Gambotti, Jojo Jouan-Pieri, Toussaint Valentini, M. Micaelli, le journal intime du receveur Pieri, la correspondance fournie (et les notes) de certains auteurs des faits dont celle de Dominique Vecchini, véritable mine de renseignements) ainsi que de Charles Filippini, Paul-Joseph Susini, Marc Marie Santelli, Lieutenant Pierre Lucas, le lieutenant Lamy, le sous-lieutenant Arguillère.
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