Les chemises noirs
Prunelli prisonniers

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Fragments de texte de l' ouvrage "1943, Prunellli camp d'internement " de Timo Pieri

... Les opérations militaires du Bataillon de Choc, sur le territoire de la Commune, constituent des faits historiques notables, car le sang a coulé, mais elles ne sauraient nous faire oublier que des dizaines de Corses ont été internés dans le village sous la garde des « Chemises noires » de Mussolini. Cette présence étrangère hostile ne pouvait qu’alimenter les discussions, la polémique politique, ainsi que des manifestations de résistance et d’agressivité. Ces deux actions militaires, ne demandent pas aux habitants d’oublier les moments d’inquiétudes, l’inconfort des privations, et les restrictions de liberté qui étaient les leurs sous l’occupation du village et de leurs maisons.
Mon propos n’est point d’écrire sur la Résistance, dans le Fiumorbu ou en Corse, il se limite à Prunelli Camp d’Internement, à la petite histoire d’un village occupé, aux réactions des Prunellais.
Adolescent à l’époque, je rapporte ce que j’ai vu, ce que le Colonel François Pieri a noté, ce que ma sœur aînée transcrivait, ce que Joseph Pieri , dit "U Ricivitori", a mentionné dans son journal et qui m’a servi de chronologie.
L’intérêt de la chronologie tient moins aux faits et aux événements notés par une personne âgée sédentaire, qu’aux dates et heures qui y sont portées tous les jours. La matière résulte de témoignages recueillis, de confrontations et de précisions fournies, avant tout par Vincent Dominici. Il était présent à Albitroni, aux côtés de son frère Etienne, et en d’autres lieux. Il veut rester dans l’ombre, mais avec discrétion, méthode et efficacité il m’a beaucoup aidé. Nous ne le remercierons jamais assez.
D’autres sont intervenus, chacun a leur niveau, selon leur vécu, leur vision personnelle, ou la responsabilité qu’il exerçait alors ou après. Parmi eux : Alesandrini Françoise, Casamatta Ange, J. Jouan-Pieri, Santoni Pierrot, Santoni Nicole, Valentini Toussaint et sa famille.
Pierre Toussaint Micaelli nous a communiqué les citations et attestations confirmant son rôle et celui de : Joseph Gambotti, Blanche Giacomini Veuve Colombani, Paoli JeanMarie de Serra, Paoli Ange Louis, Giorgi d’Ania, Paul Ferracci, Casamatta Dominique.
P.T. Micaelli , en qualité de guide principal du Bataillon de Choc, décrit les attaques d’Abbazia et d’Agnatellu telles qu’il les a vécues.
Joseph Gambotti, membre du Comité d’Arrondissement du Front National, chargé de l’organisation de la Résistance du nord de l’île, a répondu en détail au questionnaire...

D’autres nous apportèrent leurs témoignages oraux, offrirent des objets et documents, répertoriés sur l’inventaire chronologique du musée. Je clos la liste de crainte d’oublier de les citer.

Je me dois d’évoquer la participation épistolaire du détenu Vecchini Dominique écrivain et poète, ancien bibliothécaire de la ville de Bastia. Interné, affirmait il, sur télégramme de Pierre Laval. Invoquant son amitié pour la famille, il a éprouvé le besoin de m’adresser depuis Luri où il séjournait avec sa fille, plusieurs lettres où quarante ans après, il décrit sa vie de prisonnier à Prunelli. C’est lui qui m’a confié le règlement du Camp, la liste des prisonniers et divers renseignements que vous pourrez consulter dans la salle d’histoire locale, du Musée associatif «  Mnemosina ».

Dans l’une de ses missives il me priait de donner à la place de la Mairie de Prunelli, le nom de : «  Carré de la Résistance ». J’ai attendu le Cinquantième anniversaire de la libération de la Corse pour apposer officiellement cette plaque commémorative sur la façade de la Mairie.
Les Comités départementaux d’organisation du Cinquantième Anniversaire de la libération de la Corse avaient complètement oublié Prunelli di Fiumorbu.
Je ne prétends pas qu’une cérémonie commémorative soit organisée dans chaque commune, (quoique !) mais ignorer Prunelli, chef lieu de Canton, seul camp d’internement (avec Asco réservé à l’étoile jaune), et de plus théâtre de combats, me paraissait une grande injustice .
L’oubli fut réparé.
Un document de cent pages, intitulé "Résistance et Libération de la Corse. 1943- 1993 50è Anniversaire"  a été édité à cette occasion avec l’aide et le soutien de la Délégation à la Mémoire et à l’Information historique, la Collectivité Territoriale de Corse et les deux Départements ainsi que différents membres de la commission de réédition du dossier documentaire.
Concernant Prunelli, on y trouve page 42 : "Sur la demande du Général Magli, le Préfet a signé, pour le Sénateur Giacobbi arrêté à Venaco le 4 février, et pour les 27 autres personnes, un décret d’internement à Prunelli di Fiumorbo. Paul Giaccobbi put s’en évader le 31 Mai suivant ; le mois suivant les internés de Prunelli étaient déportés à l’île d’Elbe"...

Comme l’a écrit .Charles Rossini:"Sachez que l’histoire est têtue et que nul ne peut se l’approprier"...

 

T.P