Le Fiumorbu

               

Par le Dr Pieri
Fiumorbu !

Ce vocable désigne à la fois le torrent impétueux, aveugle, trouble, voire même sacré qui délimite les cantons de Prunelli et de Ghisoni, et la région la plus au sud de la partie orientale du département de la Haute Corse.
Théâtre, où se jouent sans relâche des épisodes de rébellion, des scènes de violence générées par le besoin viscéral de liberté et d’indépendance, c’est sans aucun conteste, la région « la plus farouche de l’île. »
La tradition orale et écrite lui a gravé cette réputation dont il a grand peine à se défaire.


Cette réputation, cependant, est-elle justifiée ?


Pour les corses des autres régions, le mot « Fiumorbo », provoque, au mieux un silence ; chez les plus prudents, un : « Hum bue... » révélateur  et... au pire mais invariablement, un  lapidaire :  « Paese di banditti »
Est-ce bien réaliste ? L’époque des bandits d’honneur est révolue, et le banditisme est connu sur la planète depuis la nuit des temps... Quant à la violence moderne, elle a noirci le visage d’un masque, et obéit à d’autres mobiles.
Pourtant, les guides touristiques embouchent toujours les clairons de cette mauvaise renommée.
D’une façon générale, la région du Fiumorbu est passée sous silence, parfois, on écrit une ou deux lignes simplement pour mentionner son existence. La plupart des auteurs remâchent les clichés des précédents.
Pour exemple, le guide couleur Delpal, paru en 1990 aux éditions Nathan, qui rapporte les propos de J. B. Marcaggi dans son ouvrage datant de 1933 "Bandits corses d’hier et aujourd’hui " : "  Le Fiumorbo est une des régions les plus farouches de la Corse. Il forme une vallée étroite, encaissée... Jusqu’à ces dernières années, dénuée de voies carrossables... Les habitants se sont trouvés isolés pendant des siècles de tout courant de civilisation, ont vécu repliés sur eux-mêmes, misérables, impatients de tout joug, prêts à se soulever au moindre signe d’un excitateur de troubles... La vendetta et le banditisme ont toujours sévi dans le Fiumorbu. »
Ou encore : « Presque à l’état endémique, des jeunes gens prenaient le maquis à la moindre peccadille, dans la secrète volonté de mener une vie d’aventures... » 
Dans sa réédition de 1966, allégée et adaptée par Geneviève Bailac, la description du Fiumorbu ( Chap. XII, sur Feliciolu Micaelli) est complétée par une description morphologique qui n’est pas flatteuse pour ses habitants. A vous de juger : «  la population se compose d’ailleurs, en grande partie d’individus basanés du type sarrasin et de paludéens, ce qui implique, comme nous l’avons vu une instabilité psychique . »
L’auteur explique que Félix Micaelli a grandi dans une atmosphère de violence : « A la moindre contestation, en effet, pour tout habitant du Fiumorbu, le fusil était le suprême argument contre l’adversaire ! »